Montpellier Danse 2026, une piètre édition – De l’épuisement des corps à l’épuisement du regard

 

 

Montpellier Danse 2026, deuxième semaine, après avoir vu la proposition de Dimitri Chamblas, les pièces de Jann Gallois, Armin Hokmi et Abby Z.

Olga de Soto, dans mes souvenirs, c’était histoire(s), créé en 2004 et vu à Uzès Danse en 2008.
C’était une scénographie chorégraphiée de peu et de riens mais pleinement. Un bijou.
La faute de spectateur à ne pas commettre, c’est espérer revivre une même expérience. Ben, tout faux ! « Une Introduction », donnée lundi 29 juin dans le Studio Cunningham de l’Agora, fut un compte-rendu de résultats de recherches, tout ou presque sur « La Table verte », ballet dit mythique de 1932. Des chiffres, des images, des lieux et des noms à n’en plus finir, une approche thésarde factuelle de 1h30.

Le lendemain, mardi 30 juin, loin du choc des titans, thèse et antithèse entre l’un et les autres, ce qui est dit en conférence de presse et ce qui est montré et vu le soir sur scène, la naïveté voire l’innocence d’un côté, l’hyper réalité des professionnels de la profession de l’autre, le solo d’Efthimios Moschopoulos avec la simple Nature en seule inspiration vs la machinerie de guerre qui travaille l’autorité du spectaculaire de La Horde, le queer au Hangar Théâtre et le blockbuster à l’Opéra Berlioz du Corum. Pas de surprise, chacun a tenu son rôle et ses promesses.
L’ami grec, pour sa première création personnelle, grâce à son riche parcours d’interprète, a pioché dans toutes les esthétiques des chorégraphes rencontrés et en bidouille un pot-pourri plutôt singulier mais avec trop de tout mais trop peu de pensée jusqu’à une confusion plus kitsch que queer.
Quant aux dites stars marseillaises, tu en veux des effets de scéno, tu en veux des refs de toute part, tu en veux de la débauche d’énergie, tu en veux du monde sur scène. Ben t’as tout ça. Mais que ça. You see what I mean, misère.

« Après moi le déluge » c’est le titre de la pièce de La Horde. C’est peut-être, à ne pas avoir travailler sa succession, ce que souhaitait Montanari. Néanmoins on pense toujours à lui et fortement et, témoin de ce que j’ai vu de cette piètre édition, il en aurait souffert. Une belle consolation, la cristallisation du potentiel qu’il avait repéré chez Armin Hokmi, son vrai coup de cœur de ces dernières années, à en faire un artiste associé de l’Agora. Ce compagnonnage s’arrête en cette fin d’année.

Si, en conférence de presse, La Horde a fortement remercié Dominique Hervieu pour son fidèle appui, nous nous ne remercions pas la décevante directrice-programmatrice. Il serait bienvenu de prendre en considération qu’une bonne partie du public montpelliérain, après des décennies de sensibilisation, d’éducation et de fréquentation de la danse contemporaine, considère la discipline comme art majeur et n’en n’attend pas que performance physique et divertissement.

Lors de la conférence de presse pré-bilan, ce 2 juillet, l’autosatisfaction était tout de même de mise malgré l’annonce de 91% de remplissage avec 27000 places vendues cette année contre 97% et 32000 places occupées en 2025 (nonobstant l’annulation de 4 représentations de la Batsheva) et il a été confirmé par Dominique Hervieu que l’axe du futur ne sera pas esthétique mais guidé par ouverture et diversité en maîtres-mots encore, avec amateurs et autodidactes, et baroque et traditionnel promis aussi. Ignorance du passé et rétropédalage, c’est ainsi que démarra le festival il y a plus de 40 ans avec pour objectif d’amener le public, pas à pas, année après année, vers la création la plus contemporaine.

 

Jean-Paul Guarino