Montpellier Danse 2026, la résistance est iranienne – Armin Hokmi, simplement parfait

 

Première semaine au festival Montpellier Danse.
Après un spectacle inaugural, avec une superbe lune pour témoin, où sidéré par l’absence de pensée – on a déjà vécu ça – mais aussi par pas l’once d’une idée – et ça c’est pas commun -, retour à l’Agora quelques jours après, sous les étoiles encore mais cette fois-ci, après la Cour, dans le Théâtre, où 6 clones de la chorégraphe font montre et démonstration de lourde grâce et d’une vaine énergie.
Après le vide et l’indigence, une gifle, mais de celles dont on redemande. C’était le lendemain, vendredi 26 juin, à l’Opéra Comédie, et c’était « Bazm » d’Armin Hokmi, avec son travail, sa pensée et là où cela se rejoint, sur le plateau, au plus près de l’art.

 

La pièce, magistrale, est sévèrement affirmée, précisément écrite ou plus exactement précisément construite. Chaque matériau possède sa juste et propre puissance. Le titre, le son, l’image, les corps. De leur parfait assemblage lors du temps de cristallisation qu’est la représentation, éclot l’énigme de la poésie de la création.

Décrit-t-on, mesure-ton l’épaisseur d’un monochrome de Malevitch – l’écran blanc sur fond blanc et le blanc sur fond noir, des écrans où enfin rien n’est projeté –, la largeur des lignes brisées de Kandisky – « l’Abstraction-Création » qui aurait pu guider le dessin des costumes –, le rythme de la géométrie de Sophie Taeuber-Arp – les décalés aigus des mouvements – , la durée des silences dans l’Ursonate de Schwitters – l’écriture conjointe des portées musicales et des partitions chorégraphiques et les temps des lumières non redondants qui nous invitent et nous accompagnent ? Des poétes, tous. En rupture mais au plus près de l’art, tous. Effrayantes précisions structurées jusqu’au constructivisme, résonnances aux avant-gardes ou tout au moins aux moments de rupture quand il faut résister pour mieux inventer.

On l’aura compris, à l’encontre de la majorité des productions actuelles, ici mais ailleurs et partout aussi, de tout sentimentalisme, du consensuel et de la performance hyper spectacularisé, débauches d’énergie comprises, l’insupportable impatience du spectateur consommateur est ignorée.
Mais la création d’une autre langue non corrompue par les conventions, un nouveau (répertoire), ne sera qu’éphémère victoire de la puissance sur l’énergie, nous ne sommes pas dupe.

Surlendemain, dimanche soir au Domaine d’O, c’était reparti ! Après La Piste aux étoiles, Barnum ; la troupe vient des States.

Jean-Paul Guarino

 


Bazm (Repertoire)
Concept, chorégraphie et direction artistique : Armin Hokmi
Danse et interprétation : Louise Dahl, Even Eileraas, Tasha Hess-Neustadt, Aline Lebrun, Gyeongjin Lee, Ángel Martinez Hernández, Adam Russell-Jones, Leonie Türke, Eline Chao Vaaje, Emmi Venna
Musique : Helen Island, CARYO
Scénographie et conception lumière : Felipe Osorio Guzmán
Création lumière : Vito Walter
Directeur des répétitions : Ángel Martinez Hernández
Costumes : Moriah Askenaizer / Réalisation des costumes : L’atelier Bas et Hauts, Paris
Régisseur son : Fabien Minez
Conseil artistique : Jonas Maria Droste, Julie Guibert , Cecilio Orozco

Bazm a été donné le 26 et 27 juin 2026 à l’Opéra Comédie, Montpellier