« FOUIR » du Collectif SOMMES au Musée gallo-romain Villa-Loupian (34)

 

Sous la houlette de Pascale Ciapp, qui a accueilli en résidence les artistes du Collectif SOMMES au sein de son « Espace o25rjj » à Loupian, charmant village de l’Hérault surplombant l’étang de Thau, invitation leur a été lancée de produire spécifiquement, d’exposer et de se frotter à ce très joli site archéologique qu’est le petit musée gallo-romain associé aux superbes vestiges et mosaïques des premiers siècles de notre ère de la villa dite Villa Loupian.

Notre pratique s’est toujours nourrie du contexte singulier dans lequel elle s’inscrit, prenant toutes formes différentes. Faire des trous dans le réel, y prélever des signes souvent banals, les déplacer vers d’autres champs de signification. Parfois par chance ceux-ci semblent flirter avec l’universel. Chaque projet devient une sorte d’amplificateur poétique du tangible.
Cette invitation est l’occasion de jouer à creuser à travers ces différents contextes avec un matériau que l’archéologue ne connaît que trop bien : la terre.
La céramique devient le vecteur d’une autre approche du site et joue à dialoguer avec les différents maîtres des lieux : ceux qui s’y prélassèrent, ceux qui le façonnèrent, et ceux qui aujourd’hui encore le protègent ou le visitent.

Ainsi s’annoncent, Véronique Thuillier et Jean-Marc Demay, les  deux membres du Collectif.

 

Dans les vitrines des deux salles du musée, au même rang que les objets archéologiques gallo-romains exposés, se mêlent nombre de délicates sculptures des plus ambigues, tel « Le Niveau », « Zigouig », « Les Ergonomes » et autres, artefacts dont les formes, utilités et usages espèreraient, en vain et donc avec malice, changer le monde

 

Au sortir du musée, à quelques petites dizaines de mètres respectueux, dans un paysage assurément méditerranéen au temps suspendu, un grand bâtiment abrite et protège le site archéologique où sont visibles les mosaïques polychromes – restaurées et présentées in situ – qui décoraient la résidence des derniers propriétaires de la Villa. Ce site est parfaitement représentatif de ces grandes « villae », domaines agricoles, qui couvraient les campagnes de l’empire romain.

 

« Les Estivenques »

Un paradoxe : le bâtiment qui protège s’abîme. Il porte d’avantage les traces du temps que les mosaïques elles-mêmes. Le voilà plus fragile que les mosaïques du 5ème siècle. Pas étonnant, nous apprendrons que certaines tesselles sont en pâte de verre, d’autres en roche. Ces coquilles blanches créent « une vanité », une sorte de mise en abîme : la coquille protectrice sur la coquille protectrice. Sur cette surface de bois vieilli, les casques changent presque l’échelle du bâtiment en faisant penser à ces petits escargots qui envahissent la garrigue, d’où le choix du titre. Trois lieux se superposent : la villa gallo-romaine, l’architecture muséale et le contexte naturel hors du temps.

 

Entrons dans cet espace de 1000m², appelé, salle des mosaïques, qui a inspiré la proposition des artistes. Ce lieu, exceptionnel, a été légèrement scénographié comme inspiré mi-Satyricon de Fellini et mi-Astérix d’Uderzo et c’est finalement assez malin que de nous le ramener ainsi de son temps lointain.

L’intérêt et les possibles de la terre, le plaisir et le jeu de faire, créer ou reproduire des formes, ce tout des motivations des artistes nous est proposé en partage, soit, une expérience visuelle raffinée des plus accessibles et des plus réussies.

5 séries de sculptures rythment le parcours. Représenter le réel traverse toute l’histoire de l’art. Tout se joue dans le choix du sujet et dans l’écart avec la réalité qui se met en place dans cette représentation. L’objet le plus désuet, en changeant d’échelle, de matériau, entre alors dans un nouveau réseau de significations dans lequel on peut se perdre ou se promener.

 

« Interlope #1 », « Interlope #2 », « Interlope #3 »

La cheville du bricoleur est ce petit élément qui en se plaçant dans le trou va créer un lien entre le profond et la surface. Un parallèle avec le geste de l’archéologue : creuser avec délicatesse et méthode, faire remonter à la surface des fragments du passé. Creuser non pas pour descendre dans le fond (la tombe) mais creuser pour faire ressurgir dans le présent le lointain, l’oublié. Il y a une sorte de contradiction : creuser pour faire « affleurer ». La cheville crée aussi un lien entre le lieu et l’objet. Elle est fascinante car elle dégage puissance et élégance à la fois. Agrandie et retournée elle devient une stèle, un mégalithe, un objet rituel. Elle devient aussi symbole de pouvoir. « Interlope » vient de l’anglais. Il signifie « intrus », « ce qui n’est pas à sa place ». Un peu trouble le mot reste ouvert à d’autres interprétations.

 

« Ziggourat »

En prenant comme point de départ une mosaïque aux octogones située en fond de la salle, nous avons imaginé que ce motif constitué d’une imbrication de formes géométriques concentriques pouvait prendre une troisième dimension.
Chaque contour dessiné est devenu un étage de cette construction colorée, comme si la mosaïque sortait du sol, comme si chaque couche pouvait correspondre à une couche archéologique différente. Elle devient une sorte d’architecture à étages et pourrait être aussi une forme prête à fouir.

 

 

 

Empruntant la passerelle qui permet le surplomb complet du site, une diagonale, « Les Lacunes », dessinée par la « Ziggourat » ici déployée en ses 20 différentes strates, toutes ramenées à une même épaisseur de patron, nous amène à découvrir la rosace-mère.

 

A noter en complément de l’exposition, sur la F. L. A. C. – Façade Locale d’Art Contemporain – à 2 pas de la Villa au centre du village, visible depuis l’espace public, « La Chambre bleue », une large impression numérique sur bâche illustrant une forme d’archéologie du quotidien de ce même duo d’artistes.

 

« FOUIR » – Collectif SOMMES
Musée gallo-romain Villa-Loupian, Loupian (34)
jusqu’au 6 novembre 2022
F. L. A. C. – Façade Locale d’Art Contemporain. 25 rue Jean Jaurès, Loupian (34)
jusqu’au 30 septembre 2022