Festival Montpellier Danse 2019 – Classique, vous avez dit classique ?

 

Étonnamment les costumes se ressemblent dès lors que la danse se déploie au kilomètre. Quelque chose entre la location en farces et attrapes et le vestiaire de la comédie musicale.
Chez Amala Dianor, tous en noir, tous dans « le même esprit » Decathlon retouché par Kamel Ouali, mais tous distinctement différents, ah ben oui, chaque interprète à son identité propre. Le pompon c’est chez Preljocaj qui désexualise sa concurrence masculine. Les malheureux porteront shortys, enfileront justaucorps, animeront jupons, supporteront bodys et body-gaines, habiteront jupes mexicaines, introduiront boxers et bustiers, s’enchâsseront même dans des leggings pour les scènes finales et on sait ce qu’en pense Cristina.
On est très étonné mais on doit le reconnaître, aux spectacles de ces 2 stylistes, le public, très Drucker il est vrai, a ovationné le tout, danse et tralala.
Le festival Montpellier Danse a, de tous temps et justement, montré toutes les danses. Cette danse, classique dans les deux sens du terme, académique donc, n’a que bien peu de contemporain sauf argument primaire où contemporain signifierait actuel, de notre temps, mais on pourrait aussi alors qualifier ainsi la sardane et la chenille et la queue leu leu, non ?

 

Eszter Salamon approche le passé et les figures de l’Histoire de la danse plus ou moins oubliées. Non archiviste mais pleinement artiste, cette fois-ci accompagnée de Boglàrka Börcsök, ensemble, elles revisitent l’œuvre, l’esprit et le fantôme de la libertaire Valeska Gert, tentant – au-delà de l’idée de reconstitutions performatives, via des fictions toutes subjectives – de relier le passé et le présent.

Loin de toute commémoration, Anne Collot, elle – peut-être nostalgique de la question des utopies – est animée par l’idée de réinterpréter, de réactiver et réactualiser des moments de l’Histoire de la danse ouest-américaine, californienne précisément.

De mauvaise foi ou en positionnement orienté, on pourrait avancer que la danse contemporaine, à bout de souffle, bouclerait sa boucle avec les origines et signerait ainsi sa fin.

« Je suis au fond de moi persuadé que c’est le théâtre qui récupère aujourd’hui le maximum d’outils pour parler du monde qui nous entoure », nous confiait Jean-Paul Montanari il y a 2 ans.

Le désir de théâtralisation de Peeping Tom et Camille Boitel & Sève Bernard n’eut pas à faire usage de mots. La partition sonore – chiffres, nombres et mots – de Boris Charmatz, ne parviendra pas à théâtraliser son propos et c’est d’autant plus flagrant quand en revanche la musique signifiera sa capacité à le dramatiser.
La forme dit tout ou tant, surtout quand le fond est chétif. Entre le conte et l’hyper-réel, la trivialité du réel ne nous rend pas plus présent pour autant.

 

 

Puis vint Forsythe, maître du ballet.
A Quiet Evening of Dance.
Dance, c’est sûr. Quiet, c’est de la provoc’ ; juste pour répondre à « que faire ? », soit « on se doit
d’agir ! ». Et alors simplement, enfin, pour lui.

Sans musique, voyons. La précision et rapidité d’exécution créent une temporalité propre aux déplacements et, de cette dernière, une musicalité des mouvements s’élabore. À nous de l’agrémenter et d’en faire sons.
On voit mieux, moins bien ou autrement avec la musique ? « La musique est occasion de penser » et architecture la composition. Tout ce qui, dans un premier temps, avait été organisé trouve alors aisément sa place, dans le regard, les tympans et plus profond dans les circonvolutions cérébrales activant ce qui fait communion et jubilation. Avec du Rameau pour Forsythe pour affiner ses pensées, mais suis sûr, avec tout autre choix musical possible pour nous autres, yeux écarquillés.
Pieds et bras surlignés de couleur – soit appuis, articulations et extensions – les danseurs, excellents, se croisent respectueusement, s’accueillent et se séparent et comment ils délicatement apparaissent et comment ils s’évanouissent dans la pénombre et comment entre les deux ils sont terriblement éclatants. Tout est clair, au-delà du classique ou de tout genre, c’est somptueux.

L’Histoire parfois se répète, parfois trébuche, mais elle est dépourvue de la fonction marche arrière. Le classique vivra toujours ou survivra mais les formes et les écritures continueront à s’inventer. Magistralement parfois mais rarement, maladroitement bien souvent, c’est vrai et ce n’est pas grave.

 

Jean-Paul Guarino