À Venise, Saytour plie le game – Emmanuel Bérard

 

 

C’est une première en Italie : Patrick Saytour, disparu en 2023, fait l’objet d’une exposition monographique. Elle s’installe à Venise, dans un Palais du Grand Canal, siège de la Fondazione dell’Albero d’Oro qui se consacre « au fil et au textile ». Et du textile, il n’en manque pas : murs tapissés de Damas aux couleurs gelati, chaises et fauteuils eux aussi recouverts d’étoffes anciennes, sans compter la collection du Palais, dont une spectaculaire collection d’éventails. Voilà pour le support.
Quant à la surface, c’est dans l’étage noble du Palais que se déploie l’exposition suivant l’architecture classique du palais vénitien, organisé autour du portego, grande salle de réception qui distribue les différents espaces. Certaines salles s’ouvrent sur le Grand Canal, offrant une perspective bienvenue au regard qui s’échappe volontiers de ce décor, somme toute assez étouffant.
On est donc loin du white cube et c’est tant mieux et c’est dans ce cadre que la Galerie Ceysson & Bénétière a décidé de lancer Patrick Saytour, à l’occasion de la 61e Biennale de Venise, dans le grand bain de l’art contemporain.

L’axe choisi pour cette première fois est « Le pli et le temps ». Il est annoncé sur les affiches qui fleurissent en ville – et qui nous ont, d’ailleurs, signalé l’existence de cette exposition. Mais ici, le temps n’est pas chronologique et le pli n’est pas systématique. D’ailleurs, l’exposition débute avec des fusains sur papier des années fin 1950-1960 (de la série des Frottis) installés en « dialogue » avec des dessins de Piero Manzoni. Why not.

Les premiers Pliages (une série débutée dans les années 1960) sont accrochés dans la deuxième salle, le fameux portego. Sur drap ou papier, encadrés ou libres, ils viennent, là encore « dialoguer » avec trois œuvres de Manzoni, dont un Achrome (1959). Qu’on se rassure, la conversation s’achève dans cette salle, comme quoi, ils n’avaient pas grand-chose à se dire. Les sept autres salles permettent, sans artifice, de plonger dans le travail de l’artiste. D’autres Pliages, mais aussi de nombreux Brûlages, et un très beau Plié, brûlé de 2018 complètent la panoplie des expérimentations menées sur le textile par Patrick Saytour.

Proposée jusqu’au 22 novembre prochain, cette exposition est sans doute le premier jalon dans la découverte, ou la relecture, d’une œuvre à la fois exigeante et malicieuse. Et ce trait de caractère n’est pas complètement absent de cet accrochage. Il n’est qu’à voir pour s’en convaincre, les fenêtres bariolées qu’ouvrent certains Brûlages sur les motifs de Damas de soie qui tapissent les murs du Palais. Un hasard qui n’aurait pas déplu à l’artiste.

Emmanuel Bérard

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Fondazione dell’Albero d’Oro, Venise
Le pli et le temps
Patrick Saytour
18 avril – 22 novembre 2026