« L’École des beaux-arts de Montpellier : une histoire singulière » retracée au MO.CO. et au musée Fabre

 

 

Ils sont venus, ils sont tous là, ou presque, on ne notera que quelques rares absents (on pense à Rémy Bosquère, Yves Caro, Julien Garnier ou encore Patrick Sauze pour la génération des 90’s) oubliés mais en aucun cas refusés puisqu’il s’agissait bien – dès le départ du projet et dans le cadre de la 3e édition de SOL, dite la biennale du territoire – de balayer la longue et riche histoire de presque 250 ans de l’École des beaux-arts de Montpellier au travers des artistes l’ayant fréquentée.

Depuis 2021, les différentes éditions de SOL font état de la création contemporaine en Occitanie. Cette année, le MO.CO. et le Musée Fabre nouent un partenariat inédit pour rendre donc hommage à cet acteur de la vie artistique montpelliéraine qu’est l’École des beaux-arts.

Historiquement, héritière de la Société des Beaux-arts de Montpellier fondée en 1779, l’école est intégrée au Musée Fabre dès sa création. Réformée en École municipale (1872) puis régionale (1882), elle quitte l’enceinte du musée en 1955, devient en 1977, l’École supérieure des beaux-arts de Montpellier et s’installe en 1984 dans ses locaux actuels.

Fameux défi voire pari fou que de rassembler et surtout accrocher les œuvres de plus d’une centaine d’artistes, les générations se succédant, que bien peu de choses rapprochent souvent hormis donc d’être passés dans les murs d’une même école. Au MO.CO, les curatrices, Caroline Chabrand et Pauline Faure, nous invitent, malicieusement, à un parcours chronologique et historique dans les premières salles puis dans une combinaison d’approches thématiques et de séquences abordant les mouvements esthétiques nés ou traversés au sein de l’École. Ainsi, découvrons-nous en sous-titres : Histoires(s), Atelier, Génération dorée, Paysages, Dans la rue, Jeunesses, suivis de : Supports/Surfaces, Supports/Surfaces : Héritages et prolongements, Groupe ABC et Des figures marquantes radicales. Et c’est bien ce que l’on découvre au gré des salles visitées.

 

 

 

 

 

« Rencontres » est le nom de la séquence consacrée aux deux dernières décennies qui occupe tout le plateau du sous-sol. Finis le classicisme tout comme les avant-gardes, c’est une tout autre chanson qui anime le début de notre nouveau siècle. A l’image de notre pleine contemporanéité, le chœur cacophonique n’est pas des plus justes, l’orchestration même étant certes autrement complexe.

 

 

Ni ne disons ni ne dévoilons plus, réservons toute découverte et jubilation au visiteur. On l’aura compris, parfois des raretés voire des pépites, de justes dialogues comme des rendez-vous ratés, d’heureuses surprises et aussi quelques croutes de jeunesse malheureuses, soit tout le sel de cette collecte au sein et en miroir d’un foisonnant et débordant XXe et début de XXIe siècle.

 

MO.CO.
13 rue de la République, Montpellier
L’École des beaux-arts de Montpellier : une histoire singulière
SOL ! La biennale du territoire #3
31 janvier – 3 mai 2026

 

 

Comme un échange de bons procédés avec le MO.CO., le musée Fabre accueille une trentaine d’œuvres d’artistes diplômés des Beaux-arts de Montpellier au sein même de ses collections permanentes, depuis le hall Buren jusqu’à la salle 45.

Dans le ciel du lumineux atrium Richier, la gigantesque lune éclairée de l’intérieur de Bruno Peinado répond à la pénombre du hall d’accueil animé de la superbe projection de Michel Martin. Pour rester au rez-de-chaussée, des séquences précises – Dessins de jeunesse, Héritage académique et modernité, L’école dans la ville, Les artistes de l’École et la commande publique – se déploient de salle en salle avant que ne s’amorcent, d’étage en étage, sous formes d’incursions ou dialogues, nombre de « Rencontres contemporaines » au fil des collections.

C’est sous la houlette mutine de Matthieu Fantoni, conservateur chargé des collections d’art ancien au musée, que sont nées ces « Rencontres » au sein de la savante collection et grâce à la réelle générosité de la directrice Juliette Trey d’ouvrir ainsi la vénérable institution aux vents d’une contemporanéité également autre que celle de la peinture. On devine et partage le plaisir que fut de décider des bonnes salles à investir, des justes pièces à y insérer et nous sommes témoins de la pertinence de la réflexion mise à l’œuvre même si, mises à l’épreuve d’une proximité muséale, nombre des pièces invitées révèlent leur limite à occuper cette place et ce rang. Pas toutes, bien heureusement.

 

 

 

 

Pour qui persiflerait sur un opportun timing de ces expositions honorant l’école d’une ville en période électorale, eh bien oui, disons-le tout de go, alors que les aides du Ministère de la Culture ne font que diminuer, alimentant en région des projets politiciens démagogiques et vains vers « la ruralité », à Montpellier, la Ville et la Métropole – Michaël Delafosse le premier édile pour dire vrai – continuent à croire et investir dans la Culture, confortant aussi la viabilité de l’École des beaux-arts, au sein du complexe MO.CO., quand nombre d’entre-elles, en France, sont menacées de disparition.
Et pour rappel ou pour qui ne le saurait, « MO.CO. Montpellier Contemporain est un écosystème artistique qui va de la formation jusqu’à la collection, en passant par la production, l’exposition et la médiation, grâce à la réunion d’une école d’art et deux centres d’art contemporain : le MO.CO. École supérieure des beaux-arts de Montpellier, le MO.CO. Panacée et le MO.CO. »

On s’étonnera tout de même – hormis 4 films projetés la nuit sur les vitrines de la galerie – de la quasi absence donc, dans le programme des festivités, de l’institution célébrée, à savoir l’École elle-même…

 

Jean-Paul Guarino

 

 

Musée Fabre
Boulevard Bonne Nouvelle, Montpellier
L’École des beaux-arts de Montpellier : une histoire singulière

SOL ! La biennale du territoire #3
31 janvier – 3 mai 2026